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Un début

Il était une fois une dame d’environ quarante ans qui vivait seule. Elle mangeait seule, dormait seule, prenait l’apéro seule et repliait son linge seule. Cela l’arrangeait grandement, car cette dame, Framboisine, avait l’esprit plus carré brique. D’après elle, il n’y avait qu’une seule manière de faire les choses : correctement. Chaque jour, elle faisait son lit comme une militaire, elle rangeait sa cuisine avant de partir, comme sa mère lui avait appris, puis elle vérifiait les réglages de sécurité de sa voiture, comme dans la loi et elle arrivait sur son lieu de travail avec cinq minutes d’avance, comme une professionnelle.


Afin de faire profiter la société de sa rigueur, Framboisine était assistante sociale. Elle recevait, dans son bureau des dizaines de pauvres âmes désorganisées, avec des demandes administratives divers et variées. Son rôle consistait à vérifier leurs documents avant de les envoyer à l’étape suivante. Si tout se passait bien, elle ne les voyait qu’une seule fois. Dans les pires des cas, les rendez-vous devenaient presque hebdomadaires. Framboisine aimait son métier, mais elle détestait ses collègues. Elles étaient de ses personnes qui sourient de toutes leurs dents en se cachant un couteau dans le dos…


Un jour, alors que Framboisine lisait un dossier en diagonale avant d’accueillir l’humain qui allait avec, elle s’arrêta net sur une information. La date de naissance était exactement la même que la sienne. Ce n’était pas un jour après ou deux jours avant, non. C’était exactement la même. « Davistin Claubert, né à l’autre bout du pays ». La théorie farfelue d’un jumeau caché fut rapidement écartée de son esprit. Elle sourit tout de même, en regrettant de ne pas avoir de collègue directe à qui raconter cette petite anecdote. Très vite, elle reprit le contrôle de la situation et fit entrer le fameux monsieur Claubert.

-        Bonjour, dit-il en franchissant la porte.

L’homme lui parut splendide et sa voix résonna à ses oreilles avec la douceur du miel. Il n’était pas très grand, mais très bien proportionné. Son visage était exactement à mi-chemin entre l’ovale et le rectangle et ses cheveux ébouriffé était un peu trop long, mais tout de même assez court. Bref, c’était un homme plutôt moyen, mais Framboisine le trouva merveilleux. Premier choc.

-        Bonjour, répondit-elle en sentant ses mains devenir moite.

Par contre, plus il s’approchait de son bureau, plus elle s’aperçut des détails. Sa chemise était froissée, comme celle d’un malpropre. Son pantalon était troué, comme celui d’un sans-abris, ces chaussettes étaient dépareillées, comme celles d’un gamin et la farde qu’il portait sous le bras avait déjà trois mentions grossièrement raturées, preuves ultimes de la désorganisation monumentale qui régissait la vie de ce personnage. Deuxième choc.


Durant les quelques dizaines de minutes de ce premier rendez-vous, Framboisine ne sut comment se comporter. Comment était-il possible qu’un être aussi charmant ait jailli d’un tel chaos ? Il la troublait autant qu’il la rebutait. A la conclusion de leur rencontre, dès qu’il eut refermé la porte, Framboisine sentit la balance de son cœur pencher définitivement. Elle voulait le revoir. Elle voulait l’aimer. Elle le voulait. Troisième choc.



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