Le Puzzle - 1. Assembler les pièces
- Maï Brass

- 7 sept.
- 13 min de lecture
« Une famille commence lorsqu’un homme et une femme font un enfant… »
Je la revois comme si c’était hier. L’institutrice dessinait des petits bonhommes très schématisés en expliquant les différents liens de parenté. Le père, la mère, les oncles, les nièces, les belles-mères, les arrière-grands-parents… Une famille classique et simple, un arbre généalogique avec un tronc droit. D’accord. Mais moi, je suis noire dans une famille blanche. Quel est le symbole de l’adoption, en généalogie ? Aussi, je veux bien être une bouture, mais à quoi ressemble ma souche d’origine ? Les questions commencèrent à défiler dans ma petite tête. Malheureusement, j’étais bien trop peu sûre d’avoir le droit d’exister que pour oser interrompre la leçon. « Essaie de participer plus » serait écrit dans mes bulletins pendant moultes années. Bref. Je pense que c’est durant cette leçon de primaire que j’ai réellement commencé à me questionner sur mes origines. Pourtant, les autres n’hésitaient pas à le faire depuis bien longtemps. « Ça fait quoi d’être adoptée ? » est une des deux questions qu’on m’a le plus poser dans la cour de récré. Je ne savais jamais quoi répondre. Maintenant que j’ai les mots, plus personne ne me le demande. C’est un peu frustrant.
Ce soir, j’explose de cette histoire. Alors je décide de vous la raconter sans que vous ne m’ayez donné la parole.
Le papier glacé : enfant, j’ai quelques photos de ma créatrice, deux ou trois. Je ne peux m’empêcher de les regarder régulièrement, d’examiner cette jeune femme figée en essayant de me voir en elle. Je ne retiens pas son prénom, je ne sais pas si je l’ai su. Ça n’a pas d’importance. Ma seule certitude est qu’elle n’a pas su, pu ou voulu s’occuper de moi. Elle était trop jeune. Pourtant, parfois je vois des mamans dans la rue qui n’ont pas l’air âgées. Je pressens qu’il me manque des informations, mais je ne demande pas trop car j’ai l’impression qu’il n’y en a pas beaucoup plus. « Ta maman n’a pas su, pu, voulu s’occuper de toi et ton père ne t’a pas reconnu ». Ok.
Un jour, je reçois de nouvelles photos. J’ai deux petites sœurs, des jumelles. Je ne sais pas comment je me sens. Elles sont deux personnes en plus, figées sur du précieux papier glacé. Je suis jalouse de les savoir aux côtés de notre créatrice. J’ai envie de plonger dans l’image, d’entendre leur voix et de sentir leurs odeurs. M’a-t-on dit leur prénom ? Je ne sais plus. Je ne demande pas.
Les trésors : pendant mon adolescence, un colis rempli de bibelots fait son apparition. Apparemment, on l’a reçu il y a quelques temps, mais je n’avais rien voulu savoir. C’est possible, je ne m’en souviens pas. A l’intérieur, ma créatrice y a mis des porte-clefs, des statuettes, des bracelets, des colliers et d’autres petites choses. Je me pare de ces bijoux en les usant un par un. Je ne connais rien du pays d’où ils proviennent, mais je les arbore fièrement.
A un moment, un homme de Dieu nous contacte. Il s’appelle père Innocent et c’est à lui que ma créatrice se confesse. Elle est en prison. Mes sœurs sont entre de bonnes mains. Moi, je suis ici. Loin. Impuissante. A des milliers de kilomètres de mon rôle de fille ainée et de grande sœur. Je ne peux rien faire, alors je ne fais rien. Je me sens nulle. L’idée que je ne suis pas à ma place gagne du terrain.
L’avis des autres : en parallèle, je ne sais plus sur quel pied danser. Noire au pays des blancs, j’ai souvent l’impression de devoir prouver que mon esprit est aussi belge que mon nom de famille et je me sens bête quand des noirs me regardent avec un air choqué car je ne parle aucune langue « du pays ». J’ai la peau trop foncée ou l’esprit trop clair… Quand je raconte ce que je sais de mon histoire à des africains, on me répond presque systématiquement que ça ne se fait pas de donner un bébé à des inconnus, qu’elle aurait au moins dû essayer, que ce n’est pas représentatif de la culture des pays d’Afrique. Je ne sais pas quoi répondre. Elle l’a pourtant fait, c’est pour ça que je suis là... Je le prends personnellement et je me dis qu’elle ne voulait vraiment pas de moi.
Les rencontres : je rencontre ma mère à vingt ans, presque vingt-et-un. Pour ce faire, je vais au Kenya avec mon papa. Je suis née au Rwanda. L’avion s’y pose pendant une heure, pour une escale. Il est 23h, il fait noir comme dans un pot d’encre. Je ne vois rien. Dès le lendemain, je découvre que le Kenya est lumineux et coloré. Je ressemble aux gens et les gens me ressemblent. Ça me fait un bien fou. Mon papa me présente en disant « ma fille » un petit peu plus fièrement que d’habitude et ça me gêne, je ne sais pas pourquoi… Ma créatrice est toujours en prison. Sur les dix jours que nous passerons à Nairobi, je la verrai trois fois. C’est tout. Trois fois une heure.
La première heure passe en un battement de cils. La deuxième heure est étrange et la troisième est interminable, j’en ai assez de cette petite femme qui ne fait que me déverser ses malheurs dans un anglais approximatif. Elle ne me demande rien, elle se plaint encore et encore en me laissant à peine en placer une. Tout ça pour ça ? Je lui note mon numéro sur un bout de papier et le père Innocent m’aide à lui transmettre une lettre de dix pages recto/verso où je lui raconte ma vie avec beaucoup trop de détails. C’est tout. Voilà. J’ai rencontré ma créatrice et elle n’a parlé presque que d’elle.
Durant ce voyage, je rencontre aussi mes sœurs. Elles ont treize ans. Je me reconnais en elles, on se ressemble un peu. J’adore ça, j’adore avoir des sœurs. D’un coup, je comprends tous les beaux mots de la littérature sur la fraternité et la famille. Elles sont dans mon équipe et je suis dans la leur, c’est indiscutable. On ne se parle pas beaucoup, mais ça ne me surprend pas. On se comprend avec des regards. Avant de partir, elles m’écrivent des mots doux sur les feuilles d’un buisson d’hibiscus. Elles me manquent dès qu’elles ont passé la grille du jardin. Les fratries unies ont de la chance...
La boite de Pandore : je rentre en Belgique avec un énorme tapis, une bible en anglais, quelques cadeaux et surtout, deux cahiers où ma créatrice a entreprit de raconter sa vie. Une vie d’infortune, de traumatismes et de désenchantements. Le récit de ma conception et de ma naissance tient sur moins d’une page.
« A boy forced himself into me and made me pregnant. The curse of sleeping with men was in me. I was finding myself sleeping with different men and giving birth to children not having father. »
Je tire des conclusions maladroites de ces quelques lignes. Je n’ai pas été faite avec amour et je suis le produit d’une « malédiction familiale », des générations de femmes seules élevant des enfants sans père. Sans doute m’a-t-elle donnée pour essayer d’échapper à son destin. Je me persuade que c’est vrai car c’est en accord avec ce que mes gènes m’expriment. C’est la fatalité. Depuis combien de temps cela perdure-t-il ? Qui était ces femmes ? Que sont devenus tous ces enfants ? D’où venait sa mère ? J’essaie d’établir le contact par téléphone, mais elle ne me répond que lorsqu’elle a besoin d’argent (elle a pu sortir de prison quelques mois après notre rencontre). Je suis seulement étudiante et je n’en ai pas à lui envoyer. J’essaie de lui expliquer, elle se fâche, elle m’insulte, elle me déverse sa tristesse et sa rage en plein visage comme si j’en étais responsable. Elle est folle. Chacune de ses attaques me mets K.O., ce lien dont j’avais tellement rêvé me détruit. Vais-je devenir comme elle ? Chaque interaction me fait me sentir misérable. Parfois, je regrette le temps où je ne savais rien. Je ne pleurais pas moins, mais la douleur était moins intense…
L’homme en carton : lorsque j’ai rencontré ma créatrice, elle m’a dit deux phrases qui résonnent : « you look like your father » et « dont speak to me about that man ». Le nom de cet homme est écrit différemment dans les deux cahiers. Je n’arrive pas à le retenir. Pour le moment, c’est tout ce que je sais de lui et ça me va. En fait, je ne veux même pas en savoir plus. Ma tête est déjà trop remplie de tout ce qui se passe du côté maternel, à un tel point que je ne parviens même plus à penser à moi. Je ne sais plus ce que je veux, je ne suis même pas sûre d’avoir déjà su. Plus rien ne me va. Je manque de me perdre dans ma propre vie lorsque mon téléphone sonne.
— I’m your uncle, your father brother.
— My… What ?
Jamais je n’avais imaginé que cet homme puisse avoir des frères. En fait, je n’avais pas pensé un seul instant qu’il pouvait avoir une famille, une histoire, bref, une existence. C’est la déchirure, je me sens déracinée une deuxième fois. Il y a encore plus d’inconnues dans l’équation et j’ai toujours été nulle en math. J’ai vingt-trois ans et je réalise que mon créateur à fait d’autres choses dans sa vie que ne pas me reconnaitre.
Cet oncle essaie d’établir le contact, mais nous n’avons presque aucune langue en commun. Je comprends que mon créateur a « disparu » en 1997, il m’envoie des photos d’un garçon en jurant mordicus que c’est à lui que je dois la vie. Je vois des ressemblances. Rapidement, il me reproche de ne pas avoir donné de nouvelles pendant trop longtemps et me rappelle les devoirs que j’ai envers cette famille. C’est trop pour moi. Je ferme cette porte.
Un jour, en me regardant dans le miroir, je réalise que j’ai l’âge auquel mon créateur est décédé. Quel gamin…
La petite : mes sœurs partent en Amérique, notre créatrice pète un câble et refait un bébé. Alors que mon propre ventre commence vraiment à vouloir vivre cette expérience, c’est encore au tour de celle qui m’a donné la vie. Ma dernière sœur à vingt-cinq ans de moins que moi. C’est bizarre. Mais je suis contente d’apprendre que la machine à enfanter semble bien fonctionner et j’espère que c’est héréditaire.
L’accalmie : finalement, un gentil garçon m’aide à faire une pause dans cette relation malsaine. Ça me fait du bien, même si j’ai parfois des remords. Depuis que mes sœurs sont en Amérique, la communication avec elles est rapide et facile, surtout avec l’une d’elles. Plus je les connais, plus je les aime. Je comprends leurs réactions, leurs réflexions et j’ai l’impression d’être un tout petit peu une grande sœur. Elles me manquent, c’est terrible...
Le gentil garçon et moi nous apprêtons à entrer dans la parentalité. Ma sœur me dit de prévenir notre créatrice. Je le fais. Elle le prend mal. J’arrive à m’en foutre. J’ai l’impression d’avoir réussi à vaincre cette soi-disant « malédiction familiale », mon enfant connaitra son père. Je commence à faire la paix avec mon histoire, j’accepte l’ignorance et je prends ce qu’il y a à prendre. Le récit que je me construis me suffit comme terreau, j’ai enfin l’impression que mes racines sont devenues une base assez stable pour pouvoir pousser.
L’infirmière : comme pour beaucoup de femmes, porter une nouvelle vie me mène à vouloir enquêter sur mes origines. J’ai donc (très facilement) retrouvé l’infirmière qui fut un des liens entre cette jeune mère désœuvrée et mes futurs parents. Elle me raconte sa version, son rôle, des détails qui m’émeuvent, ses doutes, ses souvenirs… Grâce à elle, je comprends mieux. Elle me parle aussi d’un autre maillon de cette improbable chaîne sans qui je ne serai pas là, une dame nommée Mama Safari. Ce nom ne m’est pas étranger, cette dame est dans toutes les versions. Malheureusement, elle est morte, sans doute depuis longtemps. J’arrête là cette quête, j’ai assez d’éléments pour avoir quelque chose à raconter lorsque la crevette qui grandit en moi me demandera d’où on vient.
Paris avec ma sœur : sans trop savoir comment, ma créatrice et moi sommes parvenues à une « relation » plus ou moins stable et basée sur des photos de nos filles. Sa petite fille et ma petite sœur… ça me va. En même temps, une des jumelles décide de traverser l’océan pour venir dire bonjour. Arrive alors cette scène surréaliste de ma sœur et moi dans la cuisine, en appel vidéo avec notre créatrice. Life is crazy. Ma sœur veut aller à Paris, alors on y va. C’est incroyable, je suis à Paris avec ma sœur. Je découvre la sororité et j’adore ça. A ses côtés, je me sens forte et remplie d’une énergie qui me permettrait de manger le monde. J’ai trente ans dans deux jours et je me sens au sommet de la montagne. Oh mon Dieu, les fratries unies ont tellement de chance… On parle énormément, de tout et de rien. On parle de nos pères, enfin, elle me parle du sien. Je n’ai pas grand-chose à dire à ce sujet…
Le gars qui vit en moi : suite à cette visite, mon créateur ne quitte plus mes pensées. Ça y est, je suis prête. Je veux tout savoir. Le vide qui m’a contenté pendant des années à soudain besoin d’être rempli. L’oncle ne répond plus depuis bien longtemps. Je n’ose pas demander à ma créatrice de peur de m’attirer ses foudres. Je ne sais pas où trouver des informations, son nom est orthographié de deux manières différentes dans les cahiers et son prénom sonne faux.
J’ai un emploi de machine et je passe mes journées à penser à un fantôme. Je n’en parle pas car je ne sais pas quoi dire, mais surtout, j’ai l’impression que je ne serai pas comprise. Il y a surtout une question qui me tient à cœur plus que toutes les autres : il était étudiant, mais qu’étudiait-il ?
Plusieurs années auparavant, j’ai commencé à écrire un roman, l’histoire d’un père et sa fille séparés à cause d’une improbable maladresse. Pendant l’été, à une foire du livre, un écrivain me dit : « tous les premiers romans racontent l’histoire de leur auteur, d’une manière ou d’une autre ». C’est donc extrêmement tard dans la rédaction de La Balançoire que je comprends le message de mon subconscient. Certes, mon créateur ne m’a pas reconnu, mais nombreux sont les garçons d’à peine vingt ans qui tournent le dos à la paternité avant de réaliser, des mois ou des années plus tard, qu’ils ont un rôle à jouer auprès de leur progéniture… Le mien n’a pas eu des mois, encore moins des années. Je suis partie en un claquement de doigts.
Petit à petit, je me convaincs qu’il m’aimait. J’en suis même persuadée. Je le sens. Ça vient d’au-delàs des étoiles et rien ne pourra abattre cette certitude. Alors, j’accepte l’ignorance, j’accepte le vide. Mon créateur m’aimait et c’est tout ce qui compte.
Once again, life is crazy : je suis donc en train de faire la paix avec le vide et l’ignorance, je termine la retranscription de mon manuscrit lorsque mon téléphone sonne. Un message. « Salut, je suis ton oncle paternel. Comment tu vas ? »
Stupeur et déjà vu. Cet oncle là m’écrit dans un français impeccable. Il m’envoie des photos du même jeune homme que celui qui m’avait déjà été présenté comme mon créateur. Je le reconnais, je me reconnais en lui. Cerise sur le gâteau, il m’envoie une photo de moi. C’est une vieille photo d’école où je dois avoir sept ou huit ans. Les couleurs sont ternes, ce petit bout de papier à l’air d’avoir survécu autant aux agressions du soleil qu’à celles de l’humidité. Depuis quand cette famille se trimballe-t-elle avec une photo de moi ? Cela me conforte dans ma nouvelle croyance ; il faut de l’amour pour trimballer un aussi petit bout de papier depuis largement plus de vingt ans. Cette famille, qui ne m’a pas reconnue, me connaissait.
Il m’informe, il m’explique. Son point de vue est celui d’un petit frère qui verra toujours son ainé comme un héros. Notre admiration pour ce fantôme est un point commun qui me fait du bien. Je n’aurai jamais assez de mots pour le remercier. Néanmoins, plus je creuse, plus je me heurte à une dalle sur laquelle il est écrit : « c’était la guerre, c’était compliqué ». J’accepte.
La dernière claque : je suis seule chez moi et j’écoute une émission de témoignages en cuisinant. Le titre : « cette peur de l’abandon qui gouverne leur vie ». J’écoute, je réfléchis, je surveille mes casseroles… Soudain, la présentatrice pose une question, elle demande à un des invités comment cette peur se manifestait concrètement dans son enfance. Je prends la question pour moi et je me souviens brutalement de mon talon d’Achille : les rendez-vous manqués et les absences qui s’éternisent. Impossible de compter le nombre de fois où j’ai guetté à la fenêtre pour apercevoir le retour de membres de ma famille qui n’étaient pas là dans les délais prévus. J’arrive maintenant à ne plus m’effondrer, mais Dieu sait dans quels états j’ai pu me mettre pour vingt minutes de retard… L’émission me fait comprendre que ce genre de réaction est personnelle et provient de la manière dont se sont déroulés les événements. Alors, je prends mon téléphone et je demande : « When you gave me for adoption, the last time you saw me as a baby, did you told me you will be back ? »
Elle me répond dans la minute avec un long message vocal, expliquant qu’elle n’avait pas compris ce qu’était une adoption. Elle s’attendait à me voir revenir deux ans plus tard. Alors, je fonce dans ma chambre, j’attrape ses cahiers et un passage qui m’avait à peine intrigué a maintenant toute mon attention.
« She introducet me to F. who wanted the baby for adoption. I did not understand french but I agree with them. (…) The baby left and people laught at me but I played strong ».
J’ai l’impression d’être partie sur un malentendu ou sur un mensonge. Même si c’était pour un mieux, ça fait mal. J’ai juste le courage de me servir mon repas puis je fonds en larmes, je deviens une flaque. Je ne sais plus comment respirer, j’ai la tête qui tourne… Puis je m’en remets… Et je mange tiède.
La pièce manquante : j’ai l’impression d’avoir appris tout ce qu’il y avait à savoir. Pour le reste, un jour, j’irai là-bas, avec mes filles, et on verra ce qui nous attend. Ma créatrice traverse la vie avec une maladie mentale qui la rend parfois horrible, mais elle parvient à rester elle-même pendant plusieurs années d’affilées. Les jumelles deviennent des femmes fortes et indépendantes qui construisent leur vie à l’autre bout du monde. La petite me ressemble physiquement comme personne ne m’a jamais ressemblé auparavant. On fait voyager les images entre l’Utah, le Rwanda et la Belgique en rêvant qu’un jour, on se réveillera toutes sur le même continent.
A chaque fois que je vois une femme noire d’environs cinquante ans, je pense à Elle. A chaque fois que je vois une jeune fille noire, le smartphone à la main et l’air blasé, je pense à mes sœurs. A chaque fois que j’aperçois un jeune homme noir et stylé, je pense à Lui… Et, de plus en plus souvent, quand je croise une petite fille noire avec un énorme cartable sur le dos, je pense à la dernière. Voilà ce que ça me fait d’être adoptée. Ça me fait un pincement au cœur à chaque coin de rue, ça m’a fait passer des heures à essayer de comprendre le passé plutôt que de m’investir pour le futur, ça m’a créé une blessure difficilement cicatrisable dans laquelle la vie vient épisodiquement mettre le doigt... Heureusement, ça n’est pas tout. Mon adoption, c’est aussi de l’épanouissement dans une famille et un monde en paix, c’est de la stabilité à des milliers de kilomètres du chaos, c’est la chance d’être en vie, la richesse de l’amour et de l’espoir pour le futur quand je regarde mes filles. Mais bon, ne prenez pas cet avis pour une généralité. Il y a autant d’histoires et de réactions que de personnes adoptés…


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